Hasse-Nima Golkar, militant anarchosyndicaliste d’origine iranienne, nous a partagé son analyse de la situation en Iran.Le mouvement révolutionnaire du peuple iranien, qui a repris le 28 décembre 2025, s’est heurté à la violence incroyable de l’État islamo-fasciste qui règne sur le territoire iranien. On estime que ce crime horrible a fait jusqu’à présent au moins 12 000 morts parmi les adultes et les enfants, et il est probable que le nombre de victimes soit bien plus élevé.
La réalité est que, d’une part, le peuple sans défense et les mains nues ne peut pas affronter un régime armé jusqu’aux dents et, d’autre part, les forces politiques de gauche, en raison du rythme extrêmement rapide et accéléré du mouvement révolutionnaire actuel, ont pris beaucoup de retard dans l’organisation radicale et pratique de la classe ouvrière et des autres couches sociales opprimées, et n’ont malheureusement pas été en mesure jusqu’à présent de mener une action efficace.
Les forces politiques de droite, en particulier les monarchistes et les partisans violents et ouvertement fascistes de « Reza Pahlavi », sont devenues très actives, et afin de s’emparer du pouvoir, il est possible que, d’une part, grâce à une alliance avec certaines parties de l’armée – les Gardiens de la révolution – et les réformistes, et d’autre part grâce à l’aide politico-militaire des forces occidentales, notamment des États-Unis, Israël et certains gouvernements européens, ils pourraient réussir à « renverser » la République islamique
Bien sûr, nous savons que la situation au Moyen-Orient, y compris en Iran, est extrêmement complexe et qu’il est presque impossible, voire extrêmement difficile, de prédire l’avenir proche. Néanmoins, sur la base des données disponibles à ce jour, pouvons-nous affirmer :
- Une guerre entre les États-Unis et Israël contre le gouvernement islamique aura-t-elle lieu ?
- Une perspective politique est-elle possible pour l’Iran et le Moyen-Orient ?
En ce qui concerne le mouvement de protestation qui traverse tout l’Iran, de nombreux rapports et analyses ont été publiés qui donnent une image plus claire de la situation actuelle et des développements futurs possibles, même s’il est presque impossible à l’heure actuelle de faire des prévisions précises sur l’avenir de l’Iran et du Moyen-Orient.
- La réalité des manifestations et de la répression
Depuis fin décembre 2025, des manifestations nationales ont commencé et se sont jusqu’à présent étendues à l’ensemble des 31 provinces, certaines régions étant confrontées à une violence sécuritaire et militaire extrêmement sévère.
Les médias internationaux et les réseaux sociaux font état de plusieurs milliers de morts, entre 3 000 et 15 000 personnes (adultes et enfants), et de dizaines de milliers de détenus. Cependant, les chiffres exacts restent inconnus et invérifiables en raison d’une coupure totale d’Internet, d’une censure sévère et d’informations contradictoires, bien que des tentatives soient faites pour diffuser des informations via les communications par satellite.
Le gouvernement iranien a jusqu’à présent poursuivi sa répression brutale en accusant les manifestants d’être des « terroristes » et en alléguant une ingérence étrangère, notamment en tirant directement sur eux, en utilisant des balles réelles et en prévoyant des procès et des exécutions accélérées.
Outre les manifestations généralisées pour protester contre la situation économiques et politiques, des rapports font état de blessures graves, notamment des blessures aux yeux et à la tête causées par des balles réelles.
- La possibilité d’une intervention militaire américaine et israélienne
À ce jour, aucune attaque militaire américaine ou israélienne à grande échelle contre les dirigeants iraniens n’a eu lieu. Cependant, le président américain Donald Trump a averti que des « mesures plus fortes » pourraient être prises si les meurtres/exécutions ou la répression sévère se poursuivaient.
Certains analystes suggèrent que des options militaires, des cyberopérations, des pressions économiques ou des mesures indirectes sont à l’étude, mais aucune décision définitive concernant une attaque directe n’a encore été annoncée au moment où est rédigé cette analyse.
Les pays européens et les alliés des États-Unis ont généralement rejeté ou abordé avec prudence le militarisme direct, s’appuyant davantage sur les sanctions et les pressions politiques.
En réponse, le gouvernement iranien a menacé de riposter contre les forces et les intérêts américains et israéliens en cas d’attaque.
Par conséquent, bien que la possibilité d’une guerre directe entre les États-Unis et Israël contre la « République islamique » existe, elle n’est pas certaine à l’heure actuelle et reste principalement au niveau des menaces, des scénarios de pression maximale, de la guerre économique à grande échelle et des options militaires indirectes.
- Perspectives politiques de l’Iran à la lumière des développements actuels
À ce stade, plusieurs scénarios potentiels existent, mais aucun n’est certain :
a) Poursuite de la crise et répression sécuritaire et militaire
Le gouvernement iranien pourrait, avec l’aide des forces de sécurité telles que le Corps des gardiens de la révolution islamique et les Basijis, réprimer en grande partie les manifestations, mais à un coût humain et politique extrêmement élevé. La poursuite des coupures d’Internet et de téléphone, la répression et la pression internationale pourraient prolonger l’instabilité.
b) Crise politique et effondrement lent et progressif du système
Si des fractures plus profondes apparaissent au sein des forces de sécurité ou parmi les élites au pouvoir, la crise pourrait conduire à un effondrement structurel du système, considéré comme possible mais pas inévitable par les analystes.
c) Le rôle des acteurs extérieurs
Une intervention militaire directe est peu probable, mais la pression économique, les sanctions, les efforts diplomatiques et le soutien des médias [étrangers] pourraient jouer un rôle décisif. Le « soutien » politique de certains États (dont les États-Unis ou Israël) aux manifestations pourrait accroître la pression sur le gouvernement, mais ne conduirait pas nécessairement à un changement immédiat de régime.
- L’horizon politique en Iran
Divers mouvements sociaux dotés de structures horizontales (sans hiérarchies partisanes) ne se sont pas encore manifestés sous la forme d’une auto-organisation et d’une autogestion de la classe ouvrière (industrie, services, etc.). Les manifestations restent largement basées sur des rassemblements locaux et des actions de rue dispersées plutôt que sur des grèves coordonnées.
Si ces mouvements visent un changement structurel, ils nécessitent nécessairement la création de réseaux locaux et régionaux solides de syndicats et de conseils d’autogestion horizontaux et démocratiques, capables de mener à bien des projets concrets pour administrer la société après la crise. Sans ces institutions préexistantes, tout mouvement risque de s’essouffler rapidement ou d’être orienté vers des acteurs politiques de droite.
En général, toute transformation révolutionnaire et émergence de nouveaux mouvements sociaux, qui ne se doterait pas de structures collectives horizontales et de réseaux de communication stables — en particulier compte tenu du rôle complexe des puissances étrangères et des structures de sécurité nationales — ne permettra pas d’obtenir une victoire définitive et finale.
- Scénarios à court et moyen terme
Sur la base des données existantes et sans prétendre à une prédiction définitive, des scénarios peuvent être esquissés selon trois horizons temporels (court, moyen et long terme) et trois niveaux (politique, économique et social).
a) Politique – Court terme
• Scénario dominant : poursuite de la répression + manœuvres des puissances étrangères.
• Le gouvernement tente d’épuiser le mouvement par la violence pure et simple (arrestations, torture, aveux télévisés, exécutions), une forme de loi martiale cachée et des coupures de communication.
• Les fissures au sommet de la pyramide du pouvoir n’ont pas encore conduit à l’effondrement.
• En raison de l’incapacité des forces anarchistes et de gauche à s’organiser efficacement, les forces de droite (monarchistes, nationalistes militaires, libéraux pro-occidentaux) sont les plus organisées et les plus actives à l’étranger et, en partie, à l’intérieur du pays.
• Une attaque militaire directe des États-Unis et d’Israël est peu probable (mais possible) ; des guerres par procuration, des cyberguerres, des assassinats ciblés, des pressions économiques et un soutien des services de renseignement à l’opposition de droite sont plus probables.
• Le principal danger est le « vol de la révolution » par les forces fascistes et autoritaires, que ce soit sous la forme de généraux « sauveurs », de Reza Pahlavi ou d’un gouvernement technocratique de transition.
b) Économique – À court terme
• Perturbation des chaînes de production, grèves dispersées, nouvelle dévaluation de la monnaie et pénuries d’énergie et de nourriture dans certaines régions.
• Potentiel anarchiste : émergence de cellules d’entraide, distribution locale de nourriture et de médicaments, et réseaux de solidarité de quartier pour la survie, mais pas encore pour la gestion sociale.
c) Social – court terme
• Radicalisation des masses.
• Effondrement complet de la légitimité morale de la « République islamique ».
• Expansion de la solidarité horizontale au sein des familles, des quartiers, des milieux éducatifs et professionnels, sans pour autant former de réseaux autonomes nationaux ou de conseils stables.
Politique – Moyen terme
Trois voies possibles :
Voie 1 :
• Effondrement/renversement par le haut grâce à une alliance entre les monarchistes, une partie des Gardiens de la révolution, l’armée et le soutien occidental.
• Formation d’un gouvernement de transition autoritaire.
• Reproduction du capitalisme : État, parlement, nationalisme, police militaire et de sécurité.
• Répression sévère des anarchistes et de toute l’opposition de gauche sous le prétexte de « rétablir l’ordre ».
Voie 2 :
• Impasse de la « syrianisation » du pays :
o Fragmentation de facto par les milices.
o Intervention régionale.
o Catastrophe humanitaire.
Voie 3 :
• Expansion de l’auto-organisation et de l’autogestion de masse (peu probable mais historiquement possible), création de réseaux fédéralistes horizontaux avec des conseils démocratiques dans les quartiers, les usines et les centres éducatifs.
Économique – Moyen terme
• Privatisation néolibérale à la manière forte, ou économie de rente de guerre.
• Dans un scénario émancipateur : expropriation des grands capitaux, économie coopérative et gestion de la production par des conseils.
Social – Moyen terme
• Crise de l’identité nationale.
• Fédéralisme et questions ethniques.
• Rôle des femmes et des jeunes dans la redéfinition des relations de pouvoir.
• Montée possible des milices d’extrême droite ou formation de conseils populaires.
D’un point de vue anarchiste, la lutte principale n’est pas seulement contre le régime au pouvoir, mais contre la logique même de l’État-nation, des frontières, des armées, des dirigeants et de tout ce qui est considéré comme sacré.
- Scénarios régionaux à long terme (Moyen-Orient)
Trois horizons :
a) Nouvel ordre impérial
• Hégémonie militaire israélienne.
• États arabes sécuritaires.
• Iran post-islamique mais militaro-nationaliste.
• Victimisation de la classe ouvrière, des minorités ethniques et sexuelles, des réfugiés.
b) Chaos chronique
• Guerres civiles récurrentes.
• États défaillants.
• Mafias militaires et religieuses.
c) Horizon émancipateur (anarchiste-confédéraliste) Inspiré par :
• Les communes du Rojava (nord et est de la Syrie).
• Le fédéralisme libertaire populaire.
• Les conseils ouvriers.
• L’économie coopérative et solidaire.
• L’abolition de l’État-nation.
• L’abolition des armées permanentes.
• Égalité des sexes.
• Autogestion écologique.
Ainsi :
• Un Iran sans État centralisé, avec un réseau de communes, de conseils démocratiques et de confédérations libres.
• Des frontières assouplies.
• Le remplacement des armées permanentes par l’autodéfense populaire.
• La socialisation des grands capitaux.
• La séparation complète de la religion et de l’État du pouvoir politico-social.
- Conclusion anarcho-syndicaliste
La question n’est pas seulement la « chute de la République islamique », mais aussi de savoir si le cycle historique « nouvelle répression → nouvel État → révolution → nouvel État »
sera brisé.
Car si de véritables conseils ne sont pas formés, si l’autodéfense populaire organisée est absente, si l’économie n’est pas autogérée, si la politique n’est pas horizontale, alors même si la « République islamique » tombe, seule la forme de domination et d’exploitation changera.
Mais si des réseaux de solidarité horizontaux, des fédérations de conseils, l’autogestion de la production et une culture anti-autoritaire se développent, alors au sein même de cette catastrophe pourra naître le germe d’un Iran sans État, sans dirigeants, sans armée, sans capitalisme et sans patriarcat.
Pour conclure, rappelons-nous que dans ces temps douloureux et turbulents, la réflexion collective et la critique radicale de l’autorité constituent en elles-mêmes une forme de résistance anarchiste.
FEMME-VIE-LIBERTÉ !
source : https://cnt-ait.info/2026/01/15/20260114/ https://link.kompektiva.org/@anarchistfront#
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