Suite Ă lâincendie survenu mercredi matin aux LentillĂšres et Ă son instrumentalisation politique par la Mairie, nous appelons Ă un RASSEMBLEMENT, ce samedi, 16h, place du BareuzaiUn incendie sâest dĂ©clarĂ© mercredi matin au quartier libre des LentillĂšres. Câest un habitat oĂč vivaient deux personnes qui a pris feu, et ni les tentatives des habitants pour Ă©teindre lâincendie, ni celles des pompiers quâils ont appelĂ© immĂ©diatement, nâont pu en venir Ă bout. Heureusement, personne nâa Ă©tĂ© blessĂ© dans lâaccident, mais les consĂ©quences matĂ©rielles sont nombreuses. Deux personnes ont perdu leur maison et toutes leurs affaires, une autre maison a Ă©tĂ© endommagĂ©e, et, surtout, lâĂ©lectricitĂ© a Ă©tĂ© coupĂ©e par la Mairie sur une partie importante du quartier, laissant une trentaine de personnes sans lumiĂšre ni chauffage en plein hiver. Nous, habitant·es et usager·es du quartier, nous affairons actuellement Ă dĂ©blayer, Ă reconstruire, et Ă faire en sorte que les personnes les plus touchĂ©es par lâincendie retrouvent un peu de confort. Câest ce moment dramatique que la mairie a choisi pour attaquer le quartier libre des LentillĂšres. Dans une telle situation, on attendrait des Ă©lu·es quâils et elles affichent tout leur soutien aux personnes sinistrĂ©es, et non pas que soit publiĂ© un communiquĂ© truffĂ© de mensonges, dĂ©formant la rĂ©alitĂ© de la vie aux LentillĂšres et menaçant ses habitant·es.
Comment la mairie a-t-elle pu Ă©crire un tel communiquĂ© ? M. Hoareau, premier adjoint au maire, est venu constater les dĂ©gĂąts et a choisi de dĂ©crire les LentillĂšres comme un endroit oĂč des gens dormiraient Ă mĂȘme le sol dans des conditions inhumaines, oĂč des militant·es maintiendraient des personnes « hĂ©bergĂ©es » sous leur emprise, les empĂȘchant dâaccĂ©der aux solutions que leur apporteraient les travailleur·euses sociaux et lâĂtat. Ses propos ont profondĂ©ment choquĂ© les usager·Úres et les habitant·es du quartier ainsi que leurs soutiens. Nous souhaitons dĂ©noncer la rĂ©cupĂ©ration politique que la mairie fait de cet accident dramatique et rĂ©tablir la vĂ©ritĂ©.
Au quartier libre des LentillĂšres, on a choisi lâouverture et la solidaritĂ©. Içi comme ailleurs, il y a des formes de prĂ©caritĂ©, ça veut pas dire quâon dort Ă mĂȘme le sol â parce que la sociĂ©tĂ© produit bien plus de lits quâil nâen faut, donc câest pas un souci dâen trouver! Personne nâest payĂ© pour faire vivre cette solidaritĂ© et pourtant on arrive Ă des choses extraordinaires, des marchĂ©s foisonnants Ă prix libre, des constructions respectueuses de lâenvironnement, des fĂȘtes rayonnantes, grĂące Ă de lâingĂ©niositĂ©, de la dĂ©brouillardise et de la gĂ©nĂ©rositĂ©. Lâautre pendant de lâouverture et de la solidaritĂ©, câest que si le monde va mal et que la vie se durcit, que lâĂtat coupe toujours plus dans les aides sociales, quâil refuse de donner des droits aux personnes exilĂ©es en ouvrant des CRA* plutĂŽt que des CADA**, ça nous impacte directement, parce quâici on essaie de compenser les dĂ©faillances des institutions en accompagnant des gens qui ne rentrent dans aucune case.
On voit bien que cela a dĂ©routĂ© M. Hoareau dâĂȘtre face aux difficultĂ©s de vie que rencontre une partie de la population. Nous aussi, ça nous rĂ©volte. Mais les gens qui vivent Ă mĂȘme le sol en plein hiver ne sont pas Ă chercher aux LentillĂšres mais plutĂŽt dans les rues de la ville. Si des personnes dĂ©cident dâhabiter dans ce quartier plutĂŽt que de vivre Ă la rue, câest parce quâelles y trouvent de la solidaritĂ© mais aussi parce quâil nây a pas de place au 115 ou dans les CADA. Les structures dâĂtat sont insuffisantes et dirigĂ©es par des politiques racistes qui marginalisent les gens. Pour autant, câest complĂštement hors sol dâimaginer que nous refuserions dâĂȘtre en lien avec les acteurs sociaux : la SDAT tient des permanences tous les mois au quartier, SOS refoulement renvoie des personnes ici quand elles nâobtiennent pas les logements auxquels elles auraient droit, ELIPSES propose des parcours de soin⊠Que le 1er adjoint dĂ©plore ces conditions de vie câest une chose, mais quâil ordonne ensuite de couper lâĂ©lectricitĂ© Ă 35 personnes en plein mois de janvier parce que le lieu serait « trop prĂ©caire », câest cynique, indigne et choquant.
Il y a des personnes qui ont choisi de vivre au quartier et dâautres pour qui câest la seule solution de logement, mais les Ă©vacuer, loin de rĂ©soudre leurs problĂšmes, les prĂ©cariseraient encore plus. Avant de prĂ©sumer dâune « emprise » de la part de certain.es occupant·es des LentillĂšres sur les habitant.es les plus prĂ©caires, il sâagirait de les Ă©couter et de prendre en compte leurs besoins. La mairie affirme avoir fait des propositions de relogement aux personnes impactĂ©es par lâincendie. Cela se rĂ©sume en fait Ă une ou deux nuits dâhĂŽtel. PlutĂŽt que dâaccepter cette fausse solution, nos amis ont donc choisi de rester aux LentillĂšres, sâen remettant Ă la solidaritĂ© de leurs voisin.es.
Soulignons un dernier raccourci stigmatisant : un incendie dans un bĂątiment auto-construit aux LentillĂšres ne signifie pas systĂ©matiquement que « les conditions de sĂ©curitĂ© des personnes et des biens ne sont nullement respectĂ©es » comme lâaffirme Ă©galement la mairie. Des incendies ont lieu rĂ©guliĂšrement, dans tous types dâhabitats (par exemple, ce samedi dans un immeuble Place de la RĂ©publique Ă Dijon). Nâen dĂ©plaise Ă lâadjoint Ă la maire et Ă un des policiers, les pompiers ont confirmĂ© quâils ne pouvaient pas identifier lâorigine du feu, comme pour la plupart des incendies accidentels. Câest une instrumentalisation honteuse dâun incident dramatique.
Depuis 2019, nous affirmons notre volontĂ© de rĂ©gulariser les lieux et de continuer la mise aux normes des bĂątiments. Des Ă©lectriciens de la mairie Ă©taient dâailleurs venus, Ă lâautomne 2023, visiter les installations Ă©lectriques du quartier, qui ne les avaient alors pas effrayĂ©. Nous regrettons que ce travail de mise aux normes et de rĂ©gularisation ait Ă©tĂ© subitement interrompu en janvier 2024 par M. Rebsamen. Nous espĂ©rons toujours reprendre le dialogue, sur la base des cinq dimensions quâoffrent les LentillĂšres et quâavait reconnu la mairie (la fonction sociale, celle de protection et valorisation de la biodiversitĂ©, le maraĂźchage, lâhabitat, et la dimension culturelle).
Chaque 1er dimanche du mois, ont lieu les visites mensuelles du Quartier Libre des LentillĂšres. Nous espĂ©rons que les personnes qui souhaitent aller au delĂ des propos et photographies sensationnalistes de la presse et de la Mairie viendront profiter de ce moment de dĂ©couverte et dâĂ©change. Elles pourront voir par elles mĂȘmes comment nous tentons, avec des moyens financiers limitĂ©s, mais gonflĂ©s par la solidaritĂ© dijonnaise, et le soutien des autres lieux alternatifs et de lutte, de faire vivre un lieu ouvert de maraĂźchage et de diversitĂ© sociale. La prochaine visite aura lieu le dimanche 2 mars, Ă 15h, Ă la Maison Commune.
Suite aux attaques et aux mensonges profĂ©rĂ©s par la Mairie, nous appelons nos soutiens et toutes les personnes pour qui le quartier des LentillĂšres est un lieu de solidaritĂ© et dâentraide prĂ©cieux pour la ville, Ă nous rejoindre Ă un rassemblement place du Bareuzai samedi 8 fĂ©vrier Ă 16h.
Le Quartier Libre des LentillÚres*CRA= centre de rétention pour personne migrante, en situation réguliÚre ou non
**CADA= centres dâaccueil qui ont pour mission dâhĂ©berger et dâaccompagner socialement et administrativement les demandeurs dâasile admis au sĂ©jour.
***SDAT= association dijonnaise indĂ©pendante dâaccompagnement de personnes en situation prĂ©caire
****ELIPSES= Equipe mobile rattachée à la Chartreuse intervenant de maniÚre transversale auprÚs des personnes précarisées présentant des troubles psychiatriques.
source : https://lentilleres.potager.org/2025/02/03/incendie-aux-lentilleres-la-mairie-tente-den-profiter-faisons-face/
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