Les États-Unis ont inscrit Autistici/Inventati (A/I), le collectif italien qui fournit des services numériques aux mouvements et militants d'extrême gauche depuis 2001, sur la liste des organisations terroristes internationales désignées. Cette décision, annoncée par le département d'État et le Trésor américains, s'inscrit dans le cadre de la nouvelle campagne de l'administration Trump contre ce que Washington qualifie de « terrorisme d'extrême gauche ».Selon le gouvernement américain, Autistici/Inventati est un groupe extrémiste basé en Italie qui conçoit et gère l'infrastructure numérique utilisée par des cellules violentes d'Antifa et d'autres groupes marxistes, anarchistes et d'extrême gauche. En résumé, il s'agit de pirates informatiques qui fournissent des services de messagerie et de communication cryptés, d'hébergement, de visioconférence, d'outils d'anonymisation et d'autres technologies permettant aux organisations extrémistes de s'organiser, de recruter, de communiquer, de diffuser de la propagande et de coordonner des actions violentes. Washington affirme également que l'infrastructure d'A/I a été utilisée par des groupes responsables de sabotages ferroviaires et d'attaques contre des infrastructures énergétiques dans plusieurs pays européens, dont l'Italie.Le site web du collectif Autistici/Inventati indique que le projet est né en 2001 de la rencontre d'individus et de collectifs issus du monde antagoniste et anticapitaliste, engagés dans la défense des droits numériques. Il propose des services de messagerie, des blogs, des listes de diffusion et d'autres outils de communication aux groupes et aux individus qui adhèrent à son manifeste, en dehors de toute logique commerciale. Ce manifeste proclame également son intention de créer des espaces sur Internet pour une communication libre et un accès aux ressources en ligne, de soutenir les logiciels libres et les licences ouvertes, et de ne recevoir aucun sponsor ni financement autre que les abonnements volontaires. « Aucun d'entre nous ne tire profit de ce projet », précise-t-il.Mais le problème ne se limite pas à comprendre la portée concrète des sanctions – tous les avoirs et intérêts de l'entité sous juridiction américaine sont gelés, et les personnes physiques et morales américaines sont généralement interdites de toute transaction avec elle – mais concerne également les attentes de Washington envers ses alliés. Cette décision américaine fait suite à un sommet ministériel sur le « terrorisme politique » organisé à Washington en juillet par Marco Rubio, qui a appelé les pays alliés à « identifier et cartographier cette menace » et à reconstruire conjointement l'architecture internationale nécessaire pour la contrer. Pour Washington, il ne s'agit donc pas seulement de cibler financièrement un groupe italien : l'objectif est de bâtir un réseau transnational pour lutter contre le terrorisme d'extrême gauche.C’est là que des problèmes pourraient surgir dans les relations bilatérales et la coopération en matière de renseignement et de sécurité. Les États-Unis demandent à leurs alliés de considérer cette galaxie comme une menace transnationale prioritaire ; l’Italie, quant à elle, pourrait se trouver confrontée à la nécessité de décider dans quelle mesure et comment partager des informations, des ressources et des outils concernant des entités qu’elle ne considère pas nécessairement comme ayant la même classification ou la même priorité. En résumé, la question n’est pas seulement de savoir qui sont ces entités « autistes/inventées », mais aussi si Rome est disposée à adopter la même cartographie des menaces que celle élaborée par Washington.